Depuis l'indépendance, la croissance de la population
ne s'est pas accompagnée d'une progression équivalente
de la production de biens et de services. L'économie
sénégalaise, extravertie, s'est en outre révélée
extrêmement sensible à la conjoncture mondiale;
ainsi les chocs pétroliers ont-ils été
douloureusement ressentis. Par ailleurs, le Sénégal
a traversé, depuis les années 1970, des périodes
de sécheresse qui ont progressivement réduit la
prépondérance de l'arachide; les recettes les
plus régulières du pays sont désormais
assurées par les secteurs non agricoles de l'économie,
en particulier la pêche, le tourisme et l'exploitation
minière. La balance commerciale reste déficitaire
en raison du poids exercé sur le budget par les importations
de pétrole, de biens d'équipement et de riz. La
crise du monde rural, les difficultés des entreprises
privées, l'hypertrophie du secteur public ont justifié
le recours à l'assistance du Fonds monétaire international
(FMI) et de la Banque mondiale. Le Sénégal a engagé
depuis 1979 un programme d'ajustement structurel pesant
lourdement sur l'ensemble de la population. Depuis la dévaluation
du franc CFA en 1994, les trois secteurs clés (pêche,
industrie chimique, tourisme) se portent mieux. Toutefois, l'inflation
(33 %) a amenuisé les effets positifs de la dévaluation
et la population a subi une très forte baisse du pouvoir
d'achat. Le problème majeur demeure celui des investissements
indispensables pour relancer les secteurs générateurs
d'emplois.
Agriculture
Le secteur agricole est la deuxième activité
du pays. La balance agricole est en équilibre. En termes
de surface utilisée, depuis 1987, le millet (19 %
des terres cultivées) a pris le pas sur l'arachide (15 %
des terres cultivées). Les principales productions vivrières
sont le millet, le riz paddy et le maïs. L'arachide demeure
la première culture industrielle, mais sa production
s'oriente à la baisse sous l'effet de nombreuses contraintes:
cours mondiaux défavorables, sécheresse, concurrence
d'huiles végétales plus compétitives sur
les marchés étrangers. Les efforts de diversification,
avec la promotion d'autres cultures industrielles (coton, canne
à sucre) et vivrières (maraîchage, céréales),
ont achevé de briser le monopole arachidier.
Les nouvelles orientations insistent à présent
sur les aménagements hydroagricoles, notamment dans la
vallée du Sénégal – barrage
anti-sel de Diama – et en Casamance. Cette option
s'est traduite par une augmentation significative de la production
de riz (deux récoltes par an), celle-ci restant toutefois
très largement inférieure aux besoins de consommation
nationale (le riz est à la base de l'alimentation).
L'élevage concerne près de 3 millions de
bovins et 4 millions d'ovins. Après la sécheresse
des années 1970, le bétail s'est progressivement
reconstitué et l'élevage reste un secteur encore
largement traditionnel, organisé suivant trois axes:
l'élevage extensif exploitant les maigres pâturages
du Nord (Ferlo); l'élevage sédentaire dans les
régions agricoles du Centre, du Sud et de la vallée
du Sénégal; le ranching, pratique innovante mais
limitée à l'engraissement de bovins achetés
aux éleveurs traditionnels.
Pêche
La pêche, en constante progression, est aujourd?hui la
première source de devises du pays, et assure près
d'un quart de la valeur des exportations. Les mises à
terre (plus de 300?000 t) sont assurées à
plus de 70 % par la pêche artisanale, qui alimente
les secteurs à la fois de la transformation traditionnelle
(poissons salés, séchés ou fumés)
et industrielle. La pêche industrielle, moins dynamique,
est pour près du tiers contrôlée par une
flottille étrangère, notamment française,
espagnole et japonaise. L'élevage des crevettes se développe
en Casamance.
Tourisme
Autre source de devises, les activités touristiques
ont été organisées vers la fin des années
1960 autour des potentialités qu'offre le littoral. L'essentiel
de l'infrastructure hôtelière est localisé
sur la Petite Côte – au sud de Dakar et au nord
de l'embouchure du Saloum – et en basse Casamance, où
le Club Méditerranée a installé au cap
Skirring un second centre d'accueil dans le pays. On enregistre
l'entrée de 250.000 à 300.000 touristes par an.
Mines et industrie
L'activité minière concerne essentiellement les
phosphates (de chaux et d'aluminium) de la région de
Thiès (1,9 million de tonnes par an) et de faibles
quantités de sel. Le sous-sol recèle des ressources
identifiées mais non encore exploitées, notamment
dans le Sud-Est: minerai de fer – gisements de Kédékourou
et de la Falémé, avec des ressources certifiées
de 300 millions de tonnes d'hématite –,
uranium (réserves estimées à 2.000 tonnes
à Saraya), or (gisements de Sabodala et de Goulouma),
marbre,…
Les gisements de pétrole, mis en évidence dans
les années 1950-1960, s'épuisent rapidement (la
production est passée de 1,129 tep en 1990 à
105 tep [en 1996]); par contre, la production de gaz naturel,
quoiqu'encore faible et insuffisante, est en progression (5?200 tep
en 1990, contre 33.000 [en 1996]). Le potentiel hydroélectrique
des deux grands fleuves, le Sénégal et la Gambie,
est estimé à 1?000 MW/an; la mise en valeur
du fleuve Sénégal sur le site de Manantali (au
Mali), entreprise conjointement avec le Mali et la Mauritanie,
fournira 280 GWh/an au Sénégal.
La première caractéristique de l'industrie sénégalaise
est d'être concentrée dans la région portuaire
de Dakar, où se trouvent rassemblées 90 %
des infrastructures. Née juste après la Seconde
Guerre mondiale, pendant la période coloniale, l'industrie
a d'abord reposé sur la filière de l'arachide.
Aujourd'hui, cette orientation se traduit encore par le poids
des huileries, en particulier dans la région de Dakar
et dans les villes du Centre-Ouest. L'influence de l'agriculture
se fait également sentir avec le développement
du textile, secteur structuré autour de la filière
du coton, et les établissements agro-industriels de la
vallée du Sénégal chargés de la
transformation des ressources locales (canne à sucre,
tomate, riz).
Transport et communications
À l'indépendance, le Sénégal disposait
d'un réseau de transport terrestre d'assez bonne qualité.
L'équipement du pays s'est poursuivi par l'extension
du réseau routier. Celui-ci couvre pratiquement l'ensemble
du territoire avec environ 14.000 km de routes, dont 27 %
bitumées. Depuis 1980 s'est fait jour la volonté
d'investir dans l'entretien du réseau existant plutôt
que dans la poursuite de l'extension du réseau bitumé,
ce qui a surtout permis la réfection des routes nationales,
dont le rôle économique est déterminant.
Le trafic fluvio-maritime se limite au port de Ziguinchor, ceux
de Kaolack et de Saint-Louis attendant, sans grand espoir, une
relance des activités économiques régionales.
Le port maritime de Dakar, avec un trafic marchand de plus de
6 millions de tonnes, reste la seule structure fonctionnelle.
Le trafic aérien est concentré sur l'aéroport
international de Dakar, relié aux aérodromes de
Ziguinchor et de Saint-Louis. Le réseau ferroviaire,
surtout dynamique sur la ligne Dakar-Bamako et pour l'évacuation
des phosphates de Thiès, n'est pas concurrentiel pour
le trafic passager.