Explorée par David Livingstone, qui y mourut en 1873
près du lac Bangweulu, mais tardivement constituée,
la Rhodésie du Nord n'a pas été totalement
unifiée, sa partie occidentale, le Barotseland, ayant
gardé un statut particulier. Les Britanniques avaient
mis en place un système totalement dualiste. Une administration
indirecte fut de règle dans les réserves (moins
du quart du pays, Barotseland mis à part, où elles
couvraient tout le territoire). Le reste était réparti
en terres de la Couronne, ouvertes à la colonisation
(6 %), et en Trust Lands, temporairement fermées
à la culture. Pourtant les colons furent peu nombreux
et ils se fixaient surtout près du chemin de fer. Le
nombre des Européens s'accrut cependant avec la mise
en valeur du Copperbelt: ils étaient 77.000 à
l'indépendance, dont beaucoup originaires d'Afrique du
Sud. Il en résulta des conflits sociaux dans les mines
où les meilleurs emplois étaient réservés
aux Blancs Le syndicalisme africain, fort actif, fut à
l'origine de la revendication politique.
La Zambie dans la mouvance régionale
La Rhodésie du Nord fut intégrée en 1953,
avec la Rhodésie du Sud et le Nyassaland, dans la Fédération
d'Afrique centrale, dominée par les Blancs et par la
Rhodésie du Sud. La marche vers l'indépendance,
conduite par Kenneth Kaunda, fondateur de l'United National
Independence Party (UNIP) aboutit à la disparition de
la Fédération. La Rhodésie du Nord devint
indépendante en 1964 sous le nom de Zambie, cependant
que les Blancs de Rhodésie du Sud déclarèrent
unilatéralement leur indépendance en 1965.
La Zambie, sur la «ligne de front» face aux régimes
d'apartheid, se trouva dans une situation très difficile.
Elle servait de refuge aux guérillas de Rhodésie
du Sud, voire d'Angola et de Namibie, et subissait des représailles.
Pays enclavé, elle connaissait de gros problèmes
de transport, ne pouvant plus utiliser les débouchés
ferroviaires mozambicain, angolais et sud-africain. Le chemin
de fer Tazara, liant la Zambie à Dar es-Salaam, construit
par la Chine, ne fut achevé qu'en 1975 et son fonctionnement
laissa longtemps à désirer. Ce lourd handicap
n'a pas été compensé par des gains politiques,
la Zambie ayant fait les «mauvais choix» parmi les
mouvements de libération: la ZAPU et non la ZANU en Rhodésie
du Sud-Zimbabwe, l'UNITA plutôt que le MPLA en Angola.
La situation intérieure La prépondérance
de l'UNIP, devenu parti unique en 1972, a toujours mal
masqué des querelles intestines, à base tribale.
Pourtant, Kaunda a su imposer des choix économiques clairs,
sinon judicieux. Son «humanisme» était une
doctrine vague, mais sa politique (les «réformes
de Mulungushi») a été d'intervention active
d'un État-providence dans le développement, exprimée
par la nationalisation des mines de cuivre, une ambitieuse politique
industrielle payée par les ressources minières,
puis une grandiose opération de modernisation agricole
– conduite par des organismes semi-publics –
incluant un prix d'achat garanti pour le maïs et de fortes
subventions pour la farine qui en est tirée. Le contexte
géopolitique et la chute du prix du cuivre ont aggravé
la situation (en 1994, la dette extérieure correspondait
à 212,5 % du PNB). La libéralisation économique
imposée par les organismes internationaux et, notamment,
la fin des subventions sur la farine de maïs ont fait monter
la tension sociale et amené la chute d'un régime
usé. Le multipartisme a été rétabli
et, en 1991, les élections présidentielles
ont amené au pouvoir Frédéric Chiluba qui,
quoique formé dans le syndicalisme, s'est fait un agent
ardent de la libéralisation économique et du démantèlement
des entreprises d'État. Mais le passage d'une économie
presque totalement administrée à la libre entreprise
est très difficile dans un pays qui doit préparer
d'urgence l'« après-cuivre », les
principaux bailleurs de fonds étant prêts à
s'engager en échange du contrôle exclusif des principales
mines du pays. La Zambie, qui s'est efforcée de se tenir
à l'écart des conflits dans lesquels la République
démocratique du Congo et l'Angola étaient impliqués,
a également été confrontée aux ravages
de la pauvreté (86 % des Zambiens vivent en dessous
du seuil de pauvreté) et du sida, qui touche 20 %
de la population. Lors des élections présidentielles
de 2002, dont le déroulement a été contesté
par les observateurs internationaux, c'est Levy Mwanasawa, candidat
du Mouvement pour une démocratie multipartite (MMD) et
successeur désigné de Chiluba, qui est le devenu
troisième chef de l'État zambien.